La douance est-elle une simple question de QI?

Paru sur le Huffington Post Québec | 18/04/2018 09:00 EDT

 

Quand on pense à la douance, on a souvent tendance à l’associer uniquement à un haut, voire très haut quotient intellectuel. Mais est-ce pertinent de la percevoir ainsi? Archaïquement, il est vrai que plusieurs spécialistes diagnostiquaient la douance en considérant uniquement un seuil de QI supérieur à 130, sur l’échelle de Weschler. Cela dit, les spécialistes qui sont à jour dans leurs connaissances scientifiques en termes d’évaluation et d’identification de la douance vous diront que cette méthode d’identification peu nuancée est désuète.

Lors d’une évaluation de la douance, le spécialiste conduira entre autres, une évaluation quantitative et une évaluation qualitative, tant chez les enfants que chez les adultes. Il est à noter que l’aspect quantitatif qui est évalué par le test psychométrique (test de QI) ne détient pas de valeur supérieure à l’aspect qualitatif qui quant à lui, résulte d’une entrevue clinique. Les deux types d’évaluations sont complémentaires. Selon Linda Silverman*, psychologue et pionnière en matière d’identification d’enfants doués, plus le spécialiste est expérimenté avec les enfants douées, plus le jugement clinique associé à l’évaluation qualitative s’avéra efficace et juste. Il va sans dire qu’il est implicite que cela est aussi vrai pour les adultes qui se font évaluer pour la douance. Bref, l’évaluation quantitative viendra en quelque sorte corroborer le jugement clinique issu de l’évaluation qualitative conduite par le spécialiste.

Concernant l’évaluation quantitative, abordons premièrement le fameux QI supérieur à 130. En effet, pour plusieurs spécialistes, ce seuil est passé à 125. De plus, la façon dont le spécialiste interprète les résultats obtenus aux tests de QI a aussi évolué pour le mieux et ces améliorations génèrent que de moins en moins de doués passent sous le radar ou encore, obtiennent de faux diagnostics en raison d’impressions illusoires générées par le manque de connaissances en lien avec l’identification des doués.

Un autre point important est qu’en plus des facteurs environnementaux qui peuvent biaiser les résultats obtenus aux tests de QI (par ex. anxiété de performance, contact mal établi entre le spécialiste et la personne évaluée, etc.), certaines conditions (par ex. présence d’un TDAH, d’autisme, etc.) peuvent avoir ce même effet, c’est-à-dire : de biaiser les résultats. Par exemple, un doué TDAH risque de sous-performer à certaines tâches en raison de difficultés inhérentes au TDAH. Cela dit, quand une personne possède une condition telle que l’autisme, le TDAH ou la dyspraxie par exemple, lors de l’interprétation des résultats, le spécialiste considère les difficultés inhérentes à ladite condition présente chez l’enfant ou l’adulte qui se fait évaluer.

La douance est à la base et entre autres, un fonctionnement cognitif qui diffère de la norme et celui-ci génère plusieurs caractéristiques complexes chez les enfants et adultes doués.

Pour ce qui est de l’évaluation qualitative, celle-ci est en effet d’une importance majeure. La douance est à la base et entre autres, un fonctionnement cognitif qui diffère de la norme et celui-ci génère plusieurs caractéristiques complexes chez les enfants et adultes doués. Certaines de ces caractéristiques ne s’évaluent pas au travers la passation d’un test de QI. Alors, il faut un évaluateur qui sache reconnaitre et même faire  »ressortir » ces signes de douance lors de l’entrevue clinique, chez un enfant ou un adulte. Par exemple, la créativité ou la pensée arborescente, qui sont des caractéristiques de la douance, s’évaluent difficilement par l’entremise d’un test de QI.

Alors, bien que les tests psychométriques soient essentiels entre autres, pour comprendre le fonctionnement cognitif d’un individu, il n’est pas le seul et unique point de mire en termes d’identification des enfants et des adultes doués.

Finalement, il faut savoir que l’évaluation de la douance est complexe et l’objectif de cet article n’est donc pas d’en dresser un portrait exhaustif. La seule ambition des mots qui tapissent ce billet est de tenter de sensibiliser au fait que non, la douance ce n’est pas une simple question de QI et qu’il serait réducteur de la percevoir ainsi. Ultimement, la douance est un fonctionnement cognitif bien distinct qui génère une certaine constellation de caractéristiques de laquelle le fameux QI fait ni plus ni moins partie.

Tanya Izquierdo Prindle, Auteure

 

Références:

*Kreger Silverman, Linda, Ph.D. Gifted Development Center , Using Test Results to Support Clinical Judgment, 4 novembre 2011 http://citeseerx.ist.psu.edu/viewdoc/download?doi=10.1.1.509.2564&rep=rep1&type=pdf